Article musical

A lire en écoutant Papaoutai de Stromae

6. Bébé parfait

Du bébé OGM à l’utérus artificiel

 

Dites-moi d’où il vient
Enfin je saurais où je vais

Au fil du temps, cela va se compliquer de savoir d’où l’on vient. La règle semble de plus en plus : un bébé quand je veux, comme je veux, avec les gènes que je veux et porté par qui je veux.

Un bébé comme je le veux

Depuis le premier bébé éprouvette en 1978, les sciences se mêlent de la conception. Au fil du temps, elles deviennent de plus en plus envahissantes.

– Chéri, pour le bébé, tu veux un garçon, une fille ? Pour la taille, la couleur des yeux, la musculature, tu veux quoi ? Cancers, la maladie d’Alzheimer…  Quelles sont les maladies qu’on élimine ? On lui met le QI d’Einstein ?

– C’est chaud. Avec ton QI, tu risques de ne pas comprendre ton fils. Tu ne préférais pas un bébé naturel !

– Je ne sais pas. C’est risqué.

On va modifier le génome du bébé. Après le maïs et le blé OGM pour augmenter le rendement, on aura des bébés garantis sans tares et beaucoup plus rentables, car parfaits.

Si hier, la modification du génome de l’embryon était de la fiction, aujourd’hui c’est à portée de scalpel. En 2012, l’Américaine Jennifer Doudna et la Française Emmanuelle Charpentier ont mis au point une méthode nommée CRISPR-Cas9 pour désactiver ou corriger un gène. Le principe de la CRISPR/Cas9 consiste à programmer une protéine capable de couper l’ADN.

Bien sûr, on va bricoler le génome du futur bébé pour le meilleur : éliminer les gènes susceptibles de provoquer des pathologies incurables. Et l’on comprend parfaitement que des parents, porteurs de gènes de maladies orphelines, attendent avec impatience les progrès de la science.

Mais, il sera aussi difficile d’éviter le pire : la surenchère de désirs de perfection qui va transformer le bébé en produit de consommation.

Les faucheurs ne doivent pas sortir tout de suite leur attirail, car les chercheurs de tous les pays affirment qu’ils ne vont pas toucher au vivant humain.

Enfin, pas tous. Les Chinois commencent à jouer les apprentis sorciers sur des embryons.

Enfin, nous ne devons pas nous inquiéter : les embryons sur lesquels ils ont travaillé n’étaient non viables.

Enfin

Quoi, qu’on y croit ou pas
Y aura bien un jour où on y croira plus

Et puis s’il n’y a pas d’accord, on pourra toujours faire un bébé clone de soi-même. La voie a été lancée en décembre 2014.  Des chercheurs de l’Institut Weizmann de Rehovot en Israël ont réussi à fabriquer des gamètes mâles et femelles à partir de cellules de peau d’êtres humains.

Un bébé quand je veux

Aujourd’hui, je n’ai pas 9 mois à perdre. Je ferais un enfant plus tard.

Qu’importe l’horloge biologique, après l’heure sera toujours l’heure. Il suffit de congeler les ovocytes pour les utiliser plus tard.

Des entreprises comme Facebook et Apple ont compris l’intérêt de l’affaire. Ils proposent une congelaide ou une aide pour la congélation d’ovocytes. Demain, cela sera peut-être les patrons qui décideront quand cela sera pour vous le moment de faire un enfant.

Un bébé porté par qui je veux

J’ai un boulot de fou… Je n’ai pas envie de prendre 10 kg… À mon âge, la grossesse, ça fatigue… Et si c’était ma mère, mon compagnon ou un utérus artificiel qui concevait mon futur enfant ?

Ces propos pourront être entendus demain. Les chercheurs y travaillent.

À Chigago, une femme de 61 ans a porté le bébé de sa fille. . Comme le succès de la grossesse dépend plus de l’âge de l’ovule, on lui a donné des hormones pour booster son utérus et vogue la grossesse.

Le Docteur Karine Chung, directrice du programme de préservation de la fertilité à la Keck School de Médecine de l’Université de Californie du Sud, affirme que d’ici 2020 ou 2025 les hommes pourraient connaître les joies de la grossesse. Aujourd’hui les spécialistes de la fertilité peuvent transplanter un utérus aux femmes nées sans ou dotées d’un organe malade ou dysfonctionnel. Rien n’interdit que demain, ils utilisent la même technique pour les hommes.

L’idée d’élaborer un utérus extra corporel ne date pas d’aujourd’hui. En 1923, le biologiste John B. S. Haldane a été le premier à parler d’ectogénésis ou ectogenèse, à savoir la grossesse menée hors du corps de la mère.

Ce fantasme pourra devenir réalité demain. Des chercheurs travaillent toujours sur l’idée d’un caisson artificiel, capable d’accueillir des cellules et de faire grandir hors du corps d’une femme un embryon, puis un fœtus, neuf mois durant.

Pour l’instant, lors d’une FIV, on sait faire vivre des embryons à l’extérieur d’une femme jusqu’au cinquième jour. En couveuse, on sait aussi maintenir en vie des enfants prématurés à partir de vingt-quatre semaines. Il reste à mettre au point la machine qui fera le lien entre les deux.

Serons-nous détestables ?
Serons-nous admirables ?
Des géniteurs ou des génies ?
Dites-nous qui donne naissance aux irresponsables ?

On peut répondre à Stromae : « Nous demain ». Peut-être serons-nous des parents totalement irresponsables en ayant des enfants éphémères. On voudra un enfant, mais qu’il ne me dérange surtout pas avant la naissance… et après aussi d’ailleurs. S’il n’est pas parfait, on s’en débarrassera et on en cherchera un autre.

Où t’es, papa où t’es ?
Où, t’es où, t’es où, papa où t’es ?

Demain, est-ce qu’on déléguera à des utérus artificiels le soin de concevoir nos bébés ?

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